C’est fait, la loi immigration a été adoptée hier soir 19 décembre au Parlement, Sénat et Assemblée nationale. A l’Assemblée, elle a recueilli 349 voix pour et 186 contre. Les votes clarifient les positions et illustrent l’évolution des choix politiques. L’ancrage à droite du Président Macron est désormais clair pour toutes les citoyennes et tous les citoyens.
La soirée parlementaire du 19 décembre 2023 marquera les mémoires. Elle est celle d’une clarification et d’un basculement. Le « en même temps », prôné par Emmanuel Macron en 2017 est désormais à ranger au rang des souvenirs. Le dépassement du clivage droite-gauche a vécu. Pouvait-il en être autrement d’ailleurs ? Le bon sens démocratique nécessite l’opposition de deux projets de société et celui que le Président de la République est en train de construire n’est pas souhaitable pour la France, les Françaises et les Français. Nous avons assisté hier soir à un basculement de l’exécutif vers la droite. Une droite pure et dure !
Le contenu du texte
Les nouvelles dispositions législatives touchent les étrangers et mettent en cause la politique d’accueil. Elles limitent l’attribution des prestations sociales et l’APL, restreignent la régularisation des sans-papiers, instaurent des « quotas migratoires », la déchéance de nationalité, un délit de séjour irrégulier, une caution pour les étudiants étrangers, mettent en cause le droit du sol et durcissent les conditions du regroupement familial. Quant à l’aide médicale d’Etat (AME), elle est remise à une négociation ultérieure, en janvier.
Un vote difficile pour le pouvoir
Les ministres concernés, Gérald Darmanin en tête, se sont empressés de claironner qu’ils n’avaient pas eu besoin des voix du Rassemblement national. On les comprend, mais c’est tout à fait discutable. En effet, il suffisait que les députés RN votent contre le texte pour qu’il soit rejeté. Dans la majorité, toute relative, des députés ont voté contre, se sont abstenus ou n’ont pas pris part au vote. C’est dire si elle est pour le moins dispersée, sinon éclatée.
Deux leçons
La première leçon que l’on peut tirer de ces débats houleux et des résultats du vote est que les idées d’extrême droite contaminent les partis de droite, y compris des membres de partis considérés, jusqu’à présent, comme modérés et humanistes.
Le deuxième enseignement est que l’exécutif est plongé dans une crise politique qu’il va traîner pendant plusieurs années. Il porte la lourde responsabilité de la dérive droitière de notre pays. Alors qu’Emmanuel Macron, au soir de son élection en 2022, annonçait que les votes qui s’étaient portés sur nom pour faire barrage à l’extrême droite « l’obligeait », il revendique aujourd’hui quelques idées de la droite dure.
