Régulièrement, les chiffres du chômage tombent dans les rédactions. Chacun se réjouit car, ils sont en baisse ce qui semble indiquer que tout va mieux. La galère serait enfin terminée pour toutes celles et tous ceux qui cherchent du travail. La réalité est peut-être moins brillante !

Le dernier chiffre de l’emploi est connu depuis peu. Le 17 mai, l’INSEE a ainsi annoncé un taux de chômage égal à 7,1 %. Un chiffre en baisse continue !
Beaucoup s’en réjouissent. Il ne faudrait pourtant pas trop encenser les politiques menées depuis plusieurs années.
En effet, la flexibilisation du marché du travail a largement modifié l’appréciation que l’on peut avoir d’une telle statistique. Elle masque une réalité bien plus dure pour de nombreuses personnes au travail.
Les contrats de travail, notamment les CDI (contrats à durée indéterminée), ont été modifiées, pour ne pas dire dénaturés. On pense qu’un CDI est avoir enfin un « vrai » travail à temps plein qui permet de faire des projets et de vivre normalement. Rien n’est moins sûr !
Depuis la loi du 5 septembre 2018 pour « la liberté de choisir son avenir professionnel », beaucoup de choses ont changé. Différents types de CDI existent. La liste s’est étoffée :
– le CDI « normal » plein temps sur un lieu de travail (sauf cas précis),
le CDI de chantier (travailler exclusivement sur un chantier ou une opération dont la durée ne peut être exactement définie préalablement avec certitude),
le CDI Intermittent (emploi permanent qui, par nature, comporte une alternance de périodes travaillées et non travaillées),
– le CDI Intérimaire (conclu entre une entreprise de travail temporaire et un salarié pour l’exécution de missions successives).
Voilà pour les nouveaux CDI qui mettent un voile pudique sur des pratiques étranges.
Il faut ajouter ce que l’on appelle le « halo du chômage » qui, selon l’INSEE, « est constitué d’inactifs n’étant pas au chômage au sens du Bureau international du Travail mais étant dans une situation qui s’en approche ». Un concept pratique pour désigner une frange de la population (près de 2 millions de personnes, quand même !) qui se situe dans un subtil entredeux, souvent difficile à vivre.
Les autoentrepreneurs (microentreprises) ne sont pas salariés, mais travail parfois dur, étaient 2,5 millions économiquement actifs, fin juin 2022 (selon l’INSEE). Mais pour quel revenu ? C’est difficile à dire, d’abord parce que les situations sont différentes selon les activités et, ensuite, parce qu’il s’agit parfois d’une activité complémentaire (près de 30% des cas). Néanmoins, le revenu mensuel moyen en 2019 était de … 590€, donc largement sous le seuil de pauvreté. Mais on dira encore que cela montre un « formidable » esprit d’entreprise, un véritable dynamisme économique. Ce sont surtout des personnes qui veulent travailler et qui essaient de s’en sortir avec ce qu’elles savent faire.
La multiplicité des formes de travail, d’entreprise et de contrat fait que le chômage est dilué dans un ensemble de situations très diverses. Si le nombre de chômeurs diminue, les inégalités se creusent, la pauvreté augmente ainsi que la précarité. Voir à ce sujet toutes les études des ONG comme la Fondation Emmaüs, le Secours catholique, le Secours populaire, ATD quart monde, les Restau du coeur, …, elles vont toutes dans le même
Alors, tout va bien ?
