On entend déjà les cris de ceux qui réagissent avant d’analyser : « fainéant », « tire au flanc », … La réalité vaut mieux que des insultes. Le dernier rapport du groupe Axa sur l’absentéisme est assez éloquent. L’absentéisme indique surtout une profonde mutation dans la vie des femmes et des hommes.

Où en est le travail dans la France actuelle ? Le « Datascope » du groupe Axa sur l’absentéisme donne des éléments de réponse. Et le bilan est alarmant pour l’année 2022. Les conclusions de cette étude sont éloquents :
– « forte hausse étroitement liée à une flambée des arrêts de travail de courte durée qui ne peut pas être expliquée intégralement par les vagues Covid,
– « augmentation particulièrement significative du taux d’absentéisme chez les moins de 30 ans »,
– « les troubles psychologiques confirment leur 1ère position pour les arrêts de travail de longue durée », lit-on dans le « Datascope ». C’est assez édifiant du malaise des salariés dans leur travail. On devrait plutôt dire du mal-être.
La valeur travail n’est plus ce qu’elle était.
Si les salariés sont dans cette situation, il faut sans doute en chercher les raisons dans une sorte de maltraitance, au moins ressentie par celles et ceux qui travaillent. Alors que les chiffres du chômage baissent, il serait logique que l’on se réjouisse, au contraire, d’avoir du travail. Eh bien, non ! Si l’on ajoute que des entreprises ont souvent du mal à recruter, on mesure à quel point le travail, tel qu’il est, pose une question de fond. Ce qu’on appelle souvent la « valeur travail » n’est plus ce qu’elle était ! Tout en restant une composante importante de la vie, il n’a plus le même poids dans la recherche de sens et de réalisation de soi. Le travail a pour vocation de donner une indépendance financière, une utilisation de compétences acquises et une reconnaissance personnelle. Il est aussi une source d’inquiétude, de stress et de précarité.
Il n’y a pas que le travail qui compte.
Dans un monde où des questions fondamentales se posent, le travail est relativisé. On souhaite s’appuyer sur des fondamentaux plus solides. L’avenir est inquiétant. Les conditions de la vie sur la planète vont se détériorer : air de plus en plus pollué, eau de plus en plus rare, alimentation de moins en moins saine, captation des richesses au profit de quelques uns, informations déformées, surveillance accrue, … Il n’y aurait que l’environnement, déjà pourtant plus que préoccupant, mais il faut ajouter les guerres et conflits qui secouent à peu près tous les continents. Dans un tel contexte, le futur de l’humanité est compromis. Les femmes et les hommes le perçoivent très bien et accordent de plus en plus d’importance à d’autres dimensions de leur vie que le travail. A l’angoisse face à l’avenir s’ajoute l’anxiété vécue dans le travail. Et trop, c’est trop ! Bien que certains soient passionnés par le poste et les enjeux de leur vie professionnelle, beaucoup sentent que, sur un plan personnel, se joue une partie qui conditionne leur existence et celle de leurs enfants. On voit ainsi apparaitre des personnes désabusées jusqu’à refuser l’avenir en renonçant au désir d’enfants, mais aussi des personnes engagées et militantes.
Le travail, qui était une des valeurs fondamentales de la vie en occupant l’essentiel du temps et permettant la réalisation de soi, devient une dimension seulement de l’existence, insuffisante pour lui donner du sens. Une page se tourne.
