Mario Draghi, ancien Premier ministre italien et ancien président de la Banque Centrale Européenne (BCE) vient de rendre public son « Rapport sur la compétitivité européenne ». Face à la concurrence de la Chine et des Etats-Unis, il préconise un emprunt commun et de mettre un terme au droit de veto.
On parle de « radicalité » à propos du rapport de Mario Draghi tant la possibilité d’emprunter en commun dans l’Union européenne est un sujet tabou. En effet, des Etats-membres considèrent qu’il s’agit là d’un abandon de souveraineté en déléguant à une institution européenne ce qui relève de la politique économique et financière nationale.
Pourtant la « radicalité » en question ne va pas très loin. L’UE sait emprunter quand elle le juge utile. En 2021, suite à la pandémie du covid-19, elle a créé un instrument financier (NextGeneration EU) de 750 milliards d’euros. Pour en assurer le financement, elle emprunte déjà 390 milliards d’euros. Le remboursement commencera en 2028. C’est dire si l’UE a déjà accepté l’idée de Mario Draghi. Certes, il propose d’aller un peu plus loin, mais ce n’est quand même pas la révolution. Le principal objectif du rapport Draghi est de mettre l’Europe, encore plus, en ordre de marche pour jouer son rôle dans la mondialisation financière néo-libérale.
Pourtant, l’Europe a besoin d’être réformée dans son fonctionnement démocratique, économique, financier, fiscal et social.
Il faudra bien un jour se poser la question de l’indépendance de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de l’homogénéisation fiscale et sociale. Selon Eurostat, en 2024, le salaire minimum brut mensuel est de 477 € en Bulgarie, 956 € au Portugal, 2070 € en Belgique et 1766 € en France. A l’intérieur de l’Union, les conditions de la concurrence sont ainsi faussées. Comment parler de compétitivité dans ces conditions ? Les Européens devront se pencher sur ce que l’on appelle pudiquement des « distorsions de concurrence ». Il faudra bien aussi un jour se poser la question du protectionnisme car au niveau mondial, c’est pire encore. Les entreprises européennes sont confrontées à des concurrents dans des pays à plus faibles rémunérations. Leurs coûts de production n’ont rien de commun. Et cela fait des dizaines d’années que la mondialisation, organisée comme elle l’est aujourd’hui, fait des ravages.
C’est un autre projet pour l’Europe qu’il faut mettre en avant, plus juste et plus solidaire.
Pleurer sur les délocalisations et sur la désindustrialisation, envisager des politiques de relance et de réindustrialisation ou relocalisation est vain dans ces circonstances.
